Auteurs : Christian Leray M.A., Bernard Massie PhD, Nicolas Derome PhD, Patrick Provost PhD, Euridice Prado DDS PhD, Ch. Linard, PhD, Jean-Charles Côté, PhD, Nathalie Ste-Marie M.Sc., René Lavigueur M.D., Danielle Fisch M.D.

 

« Si on n’avait pas été vaccinés, entre le 1er et le 7 janvier, ce n’est pas 250 hospitalisations par jour qu’on aurait eues, c’est près de 900, et on aurait eu à peu près plus de 3000 morts, juste la semaine passée[1] »

Dr Luc Boileau, directeur national de la Santé publique par intérim

 

« Mardi, le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, a indiqué que 50 % des quelque 2800 hospitalisations liées à la COVID-19 sont en fait des personnes asymptomatiques qui ont été détectées lors d’un test fait à leur admission. Est-ce une donnée importante à avoir?[2] »

Radio-Canada, 14 janvier 2022

 

Faits saillants

  • Santé Québec publie chaque jour un « tableau de bord » présentant la situation épidémique du Québec en fonction du statut vaccinal[3].
  • Une comparaison entre les données disponibles sur le site Partenariat Données Québec[4] et celles affichées sur le tableau de bord montre des différences hautement significatives. On remarque notamment que le nombre de « non adéquatement vaccinés » tend à baisser fortement les semaines suivant la publication tandis qu’inversement, celui des « adéquatement vaccinés » tend à augmenter.
  • C’est à tel point qu’au final, nous arrivons à un taux d’hospitalisation total des non adéquatement vaccinés de 1,8 %[5] sur la période allant du 13 décembre au 9 janvier alors que dans notre article précédant sur « l’épidémie de non-vaccinés », en nous concentrant sur les données du tableau de bord du 5 janvier, nous étions arrivés à 5,8 %[6].
  • Nous relevons plusieurs autres faiblesses méthodologiques, à tel point que nous nous interrogeons sur l’authenticité des données présentées, qu’elles proviennent de Santé Québec ou de l’Institut national de santé publique (INSPQ). Au point où l’on peut s’interroger à savoir si les autorités peuvent se baser sur ces chiffres pour prendre leurs décisions.

 

Faiblesses méthodologiques

Le gouvernement répète sans cesse le narratif du 10/50 à savoir que 10 % de non-vaccinés occupent 50 % des places en soins intensifs[7]. Cela est résumé par cette phrase du premier ministre du Québec, François Legault :

« Ce n’est pas vrai que 10 % de la population va nuire à l’autre 90 % en engorgeant nos hôpitaux[8] »

Ce constat est le prétexte pour imposer des mesures aux non-vaccinés, comme l’interdiction d’accès aux commerces de plus de 1 500 pieds carrés, aux centres d’achat ou à la SAQ (Société des alcools du Québec), et de leur supprimer les allocations d’assurance-emploi, etc.

Mais les données sur lesquelles se base le gouvernement sont-elles fiables? Pour le savoir, nous allons d’abord les étudier en fonction des chiffres affichés sur le tableau de bord de Santé Québec, puis nous étudierons leur validité.

 

Les non-vaccinés occupent-ils 50 % des places aux soins intensifs?

Comme on l’a vu, le gouvernement affirme que les non-vaccinés occupent 50 % des places aux soins intensifs. Cependant, si l’on se fie aux données présentées dans le tableau du bord du 17 janvier 2022 (données les plus récentes à l’heure où nous écrivons ces lignes), sur le total de 774 patients COVID-19 (total sur 28 jours), 322 sont officiellement non-vaccinés, ce qui représente 41,6 %.

On constate donc déjà une différence de 8,4 points. Mais ce n’est pas tout.

En effet, il est important de réaliser que les statistiques affichées dans le tableau de bord sont en fait très récentes. Ce sont des données brutes, qui sont ensuite affinées avec le temps. On remarque ainsi des « redressements » dans les semaines et les mois qui suivent.

Le site Partenariat Données Québec met à la disposition du public différentes statistiques, dont le nombre de cas et les hospitalisations COVID-19 en fonction du statut vaccinal. On peut ainsi remonter jusqu’en juillet 2021. Et il est étonnant de constater à quels points les écarts peuvent être élevés entre les données publiées dans le tableau de bord et ce qu’il en est effectivement lorsqu’on les étudie quelques semaines ou mois plus tard.

Par exemple, le 5 janvier 2022, le tableau de bord indiquait que 157 non-vaccinés avaient été nouvellement hospitalisés. Mais, 10 jours plus tard, Partenariat Données Québec n’en affichait plus que 92. Cela signifie que, dans les faits, il y avait 65 non-vaccinés de moins admis à l’hôpital que ce qui était indiqué dans le tableau de bord. On peut continuer avec d’autres journées, par exemple le 26 décembre, où l’on constate un écart de 53. Ou encore le 22 décembre avec un écart de 26.

Inversement, les ajustements pour les personnes vaccinées tendent à augmenter avec le temps. Ainsi, le 22 décembre, Partenariat Données Québec affiche une hausse de 71 vaccinés comparativement aux informations indiquées dans le tableau de bord. 77 le 29 décembre. Il arrive que des ajustements soient aussi des retraits, comme le 3 janvier (-49).

Finalement, sur la période allant du 13 décembre au 9 janvier (4 semaines), alors que plusieurs ajustements sont encore effectués, on arrive à une différence de 532 non-vaccinés qui ont été ajoutés en trop sur le tableau de bord. Dans le même temps, 523 vaccinés manquaient à l’appel. On comprend que tout cela crée des variations importantes entre ce que Santé Québec rapporte chaque jour pour une large diffusion dans les médias et la réalité vécue sur le terrain et corrigée subrepticement sur le site Web au cours des semaines suivantes, en l’absence de traitement médiatique. Mais le temps passe et l’on est rendu à autre chose, laissant ainsi une vision biaisée de la réalité auprès du grand public.

Si l’on refait les calculs sur une période de 4 semaines (comme le fait le Public Health England), on arrive aux résultats suivants :

Total des hospitalisations COVID-19 par catégorie d’âge en fonction du statut vaccinal au Québec – 13 décembre 2021 – 9 janvier 2022 (semaines 24 à 26 de 2021 et 1 de 2022)

 

Ce que ce tableau nous apprend, c’est que sur un total de 5 194 nouvelles hospitalisations COVID-19, 1 357 étaient le fait de non-vaccinés. Ceux-ci ont occupé 26,1 % du total des nouvelles hospitalisations COVID-19.

Il faut bien préciser que ces résultats sont obtenus à partir des chiffres officiels. Il ne s’agit que des nouvelles hospitalisations COVID-19 et non du total des hospitalisations toutes causes confondues, comme on pourrait avoir tendance à le croire. Ainsi, si l’on se base sur la moyenne quotidienne des nouvelles hospitalisations toutes causes en 2020, qui était de 2 703 par jour[10], en multipliant ce nombre par les 28 jours de la période étudiée, on arrive à un total estimé des nouvelles hospitalisations toutes causes de 75 684. Le rapport de 1 357 sur ce 75 684 donne un résultat de 1,8 %. Cela signifie que les non-vaccinés ont représenté au cours de ces 4 semaines moins de 2 % des nouvelles hospitalisations.

Mieux : si l’on se réfère aux propos du ministre de la Santé qui admet que 50 % des personnes hospitalisées COVID-19 le sont en fait pour une autre pathologie (elles ont simplement eu un test PCR positif mais elles sont asymptomatiques), alors on arrive à un taux de 0,9 %[11].

Finalement, 99,1 % des nouvelles hospitalisations ne sont pas le fait de personnes non-vaccinées[12]. Et c’est sans doute davantage, comme nous le verrons plus loin.

 

Soins intensifs et décès

Bien sûr, il ne s’agit pas des soins intensifs. Malheureusement, Partenariat Données Québec ne partage pas les informations concernant les soins intensifs et les décès. Nous leur avons demandé ces données auxquelles ont accès les médias (cf. notre article sur l’épidémie de non-vaccinés[13] et la partie suivante présentant les données obtenues par Radio-Canada). Mais on nous a répondu de faire une demande d’accès à l’information : auraient-ils quelque chose à cacher?

La question est légitime, car nous avions déjà montré en nous basant sur un article du Devoir que les personnes adéquatement vaccinées représentent 67,9 % des personnes décédées de la COVID-19. Depuis, Radio-Canada a publié un article présentant un tableau des décès de la COVID-19 en fonction du statut vaccinal[14] :

 

Celui-ci montre que 70,4 % des personnes qui décèdent de la COVID-19 sont adéquatement vaccinées, en hausse de 2,5 points par rapport aux données publiées par Le Devoir. À comparer au taux « officiel » de vaccination de 76,3 % indiqué dans le tableau de bord : un écart de 5,9 points[15].

L’auteur précise : « S’il peut être inquiétant de voir un nombre de décès plus élevé chez les personnes vaccinées, cela n’indique en rien que les vaccins ne fonctionnent pas. » Cependant, comment peut-on affirmer que les vaccins fonctionnent si 70 % des personnes qui décèdent de la COVID-19 sont pourtant adéquatement vaccinées et que l’écart avec le taux de vaccination est aussi réduit?

 

Cas et transmission

Une autre donnée, que nous traitons moins car lors d’une pandémie, le principal critère est le nombre de décès, puis les personnes aux soins intensifs, est le nombre de « cas », qui est répété chaque jour jusqu’à plus soif. Les cas posent problème, car la population croit à tort qu’il s’agit de personnes malades, alors que, dans les faits, ce sont des gens qui ont été testé positif à un test PCR, ce qui est très différent.

Nous ne nous étendrons pas plus à ce sujet, mais la question de la multiplication des cas à ceci d’essentiel qu’elle renseigne sur la transmissibilité du virus. D’après les statistiques du tableau de bord du 9 janvier 2022[16], sur le total des 10 573 cas recensés alors, 8 070 concernaient des personnes adéquatement vaccinées, une proportion de 76,3 %. Ce jour-là, le tableau de bord affichait que cette catégorie représentait 76 % de la population : elle est donc maintenant surreprésentée, ce qui conduisait Santé Québec à afficher la donnée suivante :

Santé Québec admet donc qu’une personne non vaccinée a 0,7 fois le risque d’une personne vaccinée deux doses d’être contaminée. Ce qui signifie que les personnes vaccinées sont davantage susceptibles d’être infectées par le virus… et met à mal l’argument qui sous-tend le passeport vaccinal, dont le but, en principe, est d’isoler les non-vaccinés car suspectés d’attraper et de transmettre davantage la maladie.

Tout cela est gênant pour le gouvernement si bien que cette donnée polémique a été retirée à partir du 10 janvier et remplacée par une rubrique rapportant « l’impact des non-vaccinés sur le système de santé ». Voilà qui témoigne d’importants biais car on comprend d’après cet intitulé que les non-vaccinés sont clairement visés. On change les indicateurs et on s’écarte de la science pour passer un message politique.

 

Problèmes de chiffres

Vue l’évolution de la situation, on comprend mieux pourquoi les statistiques de Partenariat Données Québec n’incluent ni les soins intensifs ni les décès. Que découvrirait-on alors?

Jusque-là, nous avons basé tous nos calculs à partir des données fournies par les autorités. Celles-ci permettent de constater que :

  • les chiffres varient beaucoup entre la date de leur annonce et leur état réel après qu’ils aient été affinés au cours des semaines suivantes;
  • en se basant sur ces chiffres et les données publiées dans les journaux, on arrive aux résultats suivants :
    • le taux de non-vaccinés hospitalisés pour la COVID-19 sur le total de toutes les hospitalisations est de 0,9 %;
    • les non-vaccinés ont 0,7 fois le risque d’un vacciné d’être infecté par la COVID-19;
    • les vaccinés représentent 70,4 % des décès COVID-19.

Tout cela est obtenu à partir des chiffres officiels et devrait suffire à faire lever les mesures touchant les non-vaccinés. Mais nous allons voir que l’intégrité des chiffres officiels ne résiste pas à l’analyse et que la situation est donc sans doute encore bien différente de ce que nous présentent les autorités. Au point où l’on doit légitimement se questionner quant à l’usage des données présentées dans le tableau de bord.

 

Collecte des données

Tout d’abord, on peut s’interroger sur la façon dont sont collectées les données. Dans un précédent article[17], nous avions noté de nombreux biais possibles. Par exemple :

  1. Les personnes vaccinées deux doses depuis plus de 6 mois sont-elles toujours considérées adéquatement vaccinées? Ou seraient-elles classées avec les non-vaccinés?
  2. Les non-vaccinés sont automatiquement testés à leur arrivée à l‘hôpital. Qu’en est-il des vaccinés? Est-ce aussi le cas ou, étant considérés « protégés », ne sont-ils testés qu’en présence de « symptômes clairs et manifestes »?
  3. Les vaccinés ne sont-ils pas incités à rentrer chez eux pour ne pas faire augmenter les statistiques?

Ces questions légitimes doivent avoir des réponses claires, car si les vaccinés sont effectivement moins testés à l’hôpital que les non-vaccinés, on arrivera fatalement à une surreprésentation de ces derniers.

Cependant, si nous n’avons toujours pas de réponse à notre deuxième interrogation, nous avons maintenant des éléments concernant la première et la troisième question.

 

Des vaccinés deux doses classés non-vaccinés 6 mois après leur première dose?

Depuis la mi-janvier, le tableau de bord indique une nouvelle catégorie : les vaccinés trois doses. En principe, on devrait voir un jeu de vases communicants s’opérer : à mesure que les non-vaccinés zéro dose se font vacciner, la catégorie des vaccinés une dose devrait croitre aussi vite que celle des non-vaccinés décroit. Il en est de même entre les vaccinés une dose et deux doses, puis entre ces derniers et les vaccinés 3 doses.

Ce n’est pourtant pas ce que l’on remarque à la lecture du tableau de données suivant (chiffres toujours issus du site Partenariat Données Québec[18]) :

Crédit : groupe Facebook Sience SVP

 

Ainsi, le 20 janvier, on voit 3 099 personnes être soustraites de la catégorie des non-vaccinés. Logiquement, il devrait s’agir de personnes qui viennent de recevoir leur première dose. On devrait donc s’attendre à voir le nombre de vaccinés première dose augmenter d’autant. Mais ce n’est pas le cas, il n’augmente que de 752.

On constate le même phénomène les 21, 22 et 23 janvier : ces jours-là, le nombre de non-vaccinés diminue respectivement de 6 815, 510 et 8 125… tandis que le nombre de primo vaccinés n’augmente que de 528, 29 et 497. Où sont passés tous les autres?

La réponse est à chercher dans les chiffres des vaccinés 2 et 3 doses. Le 20 janvier voit 105 339 nouveaux vaccinés 3 doses. C’est à peu près l’équivalent de l’ensemble des non-vaccinés (-3 099) et vaccinés double dose (-102 784) retranchés, auxquels il faut ajouter les 752 qui rejoignent le groupe des 1 dose.

Ce phénomène se constate chaque jour : les 21, 22 et 23 janvier, le total du nombre de nouveaux vaccinés 3 doses est à peu près égal au nombre des personnes qui quittent le groupe des vaccinés deux doses… en plus des personnes qui quittent le groupe des non-vaccinés (moins les quelques centaines qui reçoivent leur première dose et rejoignent donc ce groupe).

Au final, la seule hypothèse pouvant expliquer cette reclassification massive de non-vaccinés en vaccinés 3 doses est que des gens qui ont reçu deux doses seraient en fait classés parmi les non-vaccinés. L’explication la plus logique est qu’au bout de 6 mois après leur dernière dose, les autorités reclasseraient des double-vaccinés en non-vaccinés.

Cette hypothèse est renforcée par les propos du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant qui affirme que « environ 540 000 personnes âgées de 18 ans et plus n’en ont reçu aucune [dose][19]. » Problème, selon le tableau de bord, plus de 1 million de personnes sont indiquées non-vaccinées. Même s’il n’inclut pas les jeunes de 5 à 18 ans, il n’en reste pas moins que cela semble confirmer notre hypothèse que de nombreux vaccinés deux doses de plus de 6 mois seraient effectivement reclassés non-vaccinés.

Il apparait donc fondamental que les autorités précisent clairement qui sont les personnes dans chaque catégorie.

 

Un abandon des vaccinés?

La 3ème question se base sur deux témoignages dont nous avons parlé dans notre article précédent concernant le fait que l’hôpital renvoyait chez eux des patients COVID-19 vaccinés, dans le but de faire baisser leurs statistiques d’hospitalisation.

Ce constat semble confirmé par Radio-Canada, qui admet que « la grande majorité de ceux qui sont vaccinés et qui se présentent à l’urgence à cause de symptômes de la COVID-19 n’est pas admise[20]. » La raison cependant ne serait pas de faire baisser les statistiques, mais due au fait que les malades vaccinés ne seraient pas admis… car « la double vaccination fonctionne. » Autrement dit, l’hôpital recevant des vaccinés ayant des symptômes de la COVID-19 les renverrait chez eux car l’on juge qu’étant vaccinés, ils sont protégés des formes graves.

Cette stratégie a pour conséquence que les non-vaccinés sont alors fatalement surreprésentés à l’hôpital.

 

Déclaration des symptômes après la 1e dose

Mais ce n’est pas tout.

Actuellement, en plus de certains double vaccinés, les vaccinés d’une dose depuis moins de 14 jours sont classés avec les non-vaccinés. Officiellement le temps que le vaccin fasse effet.

Cependant, une étude réalisée par Public Health Ontario[21] sur les travailleurs de la santé et les résidents en Centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD, mais LTCH en Ontario) et dans les Résidences privées pour ainés (RPA, RH en Ontario) montre que de nombreux vaccinés première dose ont des symptômes de la COVID-19… essentiellement dans les 14 premiers jours suivant leur injection, comme le montre le graphique ci-dessous :

 

En bleu apparaissent les personnes vaccinées depuis moins de 14 jours qui ont présenté des symptômes de la COVID-19. Ce que l’on constate est que la première dose de vaccin tend à déclencher les symptômes de la COVID-19 les jours suivants. On comprend donc qu’en classant les vaccinés une dose depuis moins de 14 jours avec les « zéro dose », ils contribuent à augmenter considérablement le taux de contamination des « non-adéquatement vaccinés ».

Avec les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement, comme l’interdiction aux non-vaccinés d’aller dans les magasins de plus de 1 500 mètres carrés, les SAQ et les centres d’achat, de nombreuses personnes ont décidé dernièrement de se faire vacciner. Ainsi, le ministre Dubé a affirmé que, pour la seule journée du jeudi 6 janvier, 6 000 personnes avaient pris rendez-vous pour une première dose alors que le rythme habituel était de 1 500[22].

Ces « primo-vaccinés » viendraient-ils alourdir les statistiques des non-vaccinés, contribuant à « l’épidémie de non-vaccinés »? Rien n’est moins sûr et nous l’affirmons de nouveau : il est nécessaire de dissocier les personnes n’ayant reçu aucune dose de celles qui viennent de se faire inoculer car cela biaise les statistiques et donc les analyses subséquentes.

 

Des ajouts surprenants

À ce point, on pourrait se dire que l’on a fait le tour et que les irrégularités constatées dans le tableau de bord suffisent à le déconsidérer.

Pourtant, nous remarquons d’autres irrégularités.

On constate que de nombreuses manipulations ont lieu régulièrement, en toute opacité. Ainsi, entre le 14 et le 15 janvier 2022, plus de douze mille non-vaccinés ont été ajoutés, essentiellement pour les mois de juillet et aout 2021. Au total, depuis le 18 juillet, 12 816 cas de non-vaccinés ont été ajoutés sur les 85 415 déjà répertoriés la veille, soit le 14 janvier. Ce qui représente un ajout de 15 % en une nuit. Dans le même temps, 3 512 vaccinés étaient ajoutés, soit une hausse de 1,3 %[23].

On remarque aussi que les données du tableau diffèrent de celles de l’INSPQ, AVANT le raffinement des statistiques. Nous avons déjà traité la question, en remarquant que, par exemple, le 3 janvier 2022, le tableau de bord indiquait un total de 335 nouvelles hospitalisations, tandis que l’INSPQ en rapportait 202, soit une différence de 66 %[24].

 

Inversion de données dans le tableau de bord : une erreur étonnante

Les irrégularités de données sont donc légion… et atteignent un sommet le 15 janvier 2022. Ce jour-là, on assiste à une inversion du nombre des hospitalisations et de personnes aux soins intensifs.

Le 14 janvier, le tableau de bord indiquait, par exemple, que le nombre de vaccinés nouvellement hospitalisés était de 322. Le 15 il avait drastiquement diminué, tombant à 132… avant de remonter à 192 le 16. Inversement, pour les non-vaccinés, les données affichaient respectivement 129, 289 et 90. On constate donc que le 15 janvier le nombre de nouvelles hospitalisations des personnes vaccinées avait diminué de 244 % tandis que celui des non-vaccinés augmentait de 224 %.

Il parait difficile que de telles variations, que l’on ne constate à aucun autre moment, soient possibles. Les deux lignes ont bel et bien été inversées et l’erreur est manifeste. François Legault s’exprimant à Tout le monde en parle le dimanche 16 janvier, la coïncidence est troublante. Il parait extrêmement surprenant qu’un organisme réputé sérieux, comme Santé Québec, puisse commettre de telles erreurs, et qu’il le fasse à un moment si particulier.

 

Conclusion

Il apparait donc que les données présentées par les autorités sanitaires, que ce soit le tableau de bord de Santé Québec ou l’INSPQ, sont très questionnables.

Celles-ci, présentées quotidiennement et qui reposent sur des chiffres bruts non affinés, ont tendance à rapporter davantage de non-vaccinés hospitalisés qu’ils ne le sont réellement. Elles sont donc fatalement biaisées, dès le départ. Si l’on y rajoute toutes les erreurs et manipulations que nous avons recensées tout au long de cet article, le risque est élevé que ces biais soient utilisés pour justifier des décisions politiques. La question à savoir si le gouvernement peut se baser sur ces statistiques ne devrait même pas se poser : les autorités devraient cesser de les communiquer quotidiennement sans les avoir affinées au préalable et devraient privilégier un rapport portant sur les 4 dernières semaines, publié une semaine après le dernier jour analysé[25], comme le fait le UK Health Security Agency[26].

D’autant qu’à cela s’ajoutent plusieurs imprécisions, voire des mensonges de la part de nos gouvernants, notamment le narratif du 10/50. Ou encore les « 3 000 morts qu’on a évité[ees] grâce à la vaccination juste la semaine passée[27] »… alors qu’au plus fort de la pandémie, lors de la première vague, il y a eu 2 647 morts en avril et 2 443 en mai. Comment alors aurait-il pu y avoir 3 000 morts en une semaine, surtout si Omicron, certes très contagieux, est peu létal[28]? La chaine française d’information en continu, LCI, affirme ainsi qu’en France, sur plus de 2 millions de cas Omicron, seulement 200 personnes ont été aux soins intensifs[29].

Dans ces conditions, on peut se demander comment le Québec peut arriver à des centaines de personnes aux soins intensifs et à déjà plus de 900 morts pour cette vague Omicron. Est-ce parce que l’on « calcule mieux les décès qu’ailleurs au Canada[30] »? Ou parce que l’on a tendance à classer les décès dans la catégorie COVID-19 plus vite qu’ailleurs? Concernant la 3e dose, à laquelle les autorités ne cessent d’appeler, car elle « sera très probablement efficace pour procurer, au moins à court terme, une protection de haut niveau contre les infections par lignées[31] », les premières données du tableau de bord ne sont guère encourageantes puisqu’elles montrent, pour le 19 janvier 2022, que 8 personnes vaccinées 3 doses ont été admises aux soins intensifs alors que 7 double doses y sont. Pourtant les doubles doses représentent 52,5 % de la population contre 23,8 % pour les triples doses.

Les chiffres et les déclarations sont douteux… et, pourtant, il n’en reste pas moins qu’en se basant sur les données officielles, on arrive à ce résultat à première vue étonnant que les non-vaccinés ne représentent que 0,9 % du total des hospitalisations. En toute logique, ils ne peuvent être tenus responsable de la saturation des hôpitaux. À ce sujet, celle-ci ne serait-elle pas davantage à chercher du côté de la fermeture de 3 000 lits depuis mars 2020[32], en pleine pandémie? En effet, si « 15 000 lits étaient disponibles au Québec pour les soins de courte durée, en mars 2020 [,…] on en compte aujourd’hui 12 000. »

Avec 70,4 % des personnes qui décèdent de la COVID-19 alors qu’elles sont adéquatement vaccinées[33] et un écart avec le taux des adéquatement vaccinés (76,3 %) de 5,9 points, alors que les cas d’Omicron explosent, forçant à reconfiner les vaccinés qui pensaient pourtant avoir obtenu leur « passeport pour la liberté[34] », la vaccination apparait de plus en plus comme un échec. Celui du gouvernement, qui semble manipuler les données pour appuyer ses décisions politiques. Ainsi, après la tactique de la carotte et du bâton (les carottes étant les hot-dogs et les loteries pour pousser à la vaccination et le bâton le passeport sanitaire et toutes les mesures prises contre les non-vaccinés), voici que l’État stratège utilise la technique du bouc émissaire. Cette stratégie, vieille comme le monde, consiste à livrer à la vindicte populaire un coupable tout désigné (les non-vaccinés) afin de masquer ses propres erreurs (la vaccination et les mesures sanitaires dans leur ensemble).

Il faut espérer, à l’heure où les vaccins font chaque jour davantage preuve de leur inefficacité face au variant Omicron, que la population, plutôt que de s’en prendre à une minorité, réalise la manipulation des données ainsi que leur utilisation à des fins politiques. Et que, consciente de cela, elle demande des comptes à ses dirigeants en obtenant que ceux-ci, à la suite de la Suède, de l’Angleterre, de l’Espagne et d’un nombre grandissant d’autres pays qui ont décidé de « vivre avec le virus[35] », mettent fin à l’état d’urgence et aux mesures sanitaires, dont les dommages collatéraux ne peuvent plus être ignorés.

 

 

[1] https://www.journaldemontreal.com/2022/01/13/retour-en-classe-et-couvre-feu-annonces-importantes-de-francois-legault-a-15h?fbclid=IwAR1wPsgFWu4ZNM2DaYy-aoSup2Ev-Wu0uTo90OinaGQwvD8ArrmzOAarFCw

[2] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1853789/hospitalisation-diagnotic-coronavirus-admission-urgences-quebec

[3] https://twitter.com/sante_qc

[4] https://www.donneesquebec.ca/recherche/dataset/covid-19-portrait-quotidien-du-statut-vaccinal-des-nouveaux-cas-et-des-nouvelles-hospitalisations

[5] On peut même parler de 0,9 % si l’on considère, comme l’a déclaré le ministre de la Santé, que 50 % des hospitalisations COVID-19 sont le fait des personnes hospitalisées pour une autre pathologie que la COVID-19.

[6] https://reinfocovid.ca/covid-19-epidemie-de-non-vacccines/

[7] Il est important de noter que si les autorités précisent que si les non-vaccinés occupent 50 % des places aux soins intensifs, de nombreuses personnes croient que les non-vaccinés occupent en fait la moitié des places à l’hôpital. Le gouvernement le sait et en joue.

[8] https://www.journaldequebec.com/2022/01/11/demission-darruda-accompagne-du-nouveau-directeur-de-sante-publique-legault-fera-le-point-a-13h

[9] Les chiffres de cette ligne sont les résultats divisés par deux pour tenir compte du fait que selon le ministre de la Santé, « 50 % des quelque 2800 hospitalisations liées à la COVID-19 sont en fait des personnes asymptomatiques qui ont été détectées lors d’un test fait à leur admission. »

[10] https://reinfocovid.ca/2-1-hospitalisations-covid-quebec-2020/

[11] Et ce chiffre est peut-être encore surestimé. En effet, M. Dubé avait d’abord admis que le taux de personnes hospitalisées et classées COVID-19 était de 25 %. Puis M. Arruda, l’ancien directeur de la Santé publique, avait parlé de 30 à 40 %. Aujourd’hui M. Dubé reconnait un taux de 50 %. The Telegraph rapporte qu’en Angleterre, seulement un patient COVID-19 sur cinq est effectivement hospitalisé pour cette maladie. Vue la tendance des déclarations de nos dirigeants, on ne serait pas surpris que les chiffres du Telegraph soient proches de la réalité au Québec. À ce moment le taux d’hospitalisation des non-vaccinés serait encore davantage réduit : https://www.telegraph.co.uk/news/2021/12/28/covid-hospital-data-should-treated-caution-many-patients-admitted/

[12] Nous rappelons ici que nous utilisons les données des nouvelles hospitalisations car ce sont les seules que nous avons à notre disposition. La durée du séjour a un impact mais dans les conditions actuelles nous ne pouvons le mesurer. Il est du ressort des autorités compétentes, soit de rendre disponibles ces données, ou alors de réaliser une étude sur la question.

[13] https://reinfocovid.ca/covid-19-epidemie-de-non-vacccines/

[14] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1853645/deces-covid-morts-quebec-quatrieme-vague-2022

[15] On notera que selon l’INSPQ, ce taux est de 79 % : https://www.inspq.qc.ca/covid-19/donnees/vaccination. C’est là l’une des nombreuses différences entre les données incluses dans le tableau de bord et celles de l’INSPQ. Il est aussi important de noter au sujet du taux de vaccination qu’il y a encore une semaine, l’INSPQ affichait le taux de vaccination des personnes adéquatement vaccinées sur la population en général. Cette donnée présentée jusque-là dans les faits saillants doit maintenant être recherchée dans les graphiques qui suivent, ce qui est beaucoup moins évident puisqu’il faut chercher pour trouver l’information. Le résultat est que le public se référera au taux des adéquatement vaccinés de plus de 12 ans, qui indique 89,8 %, ce qui vient soutenir le narratif du 10 % de non-vaccinés qui occupent, d’après les politiques, 50 % des lits de soins intensifs (41,6 % selon les données du tableau de bord).

[16] https://twitter.com/sante_qc/status/1480573166237933576/photo/1

[17] http://reinfocovid.ca/covid-19-epidemie-de-non-vacccines/

[18] Une petite erreur s’est glissée dans le tableau : les vaccinés 2 et 3 doses sont inclus 7 jours après leur inoculation (et non 14 tel qu’indiqué).

[19] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1856818/programme-vaccination-covid-gouvernement-quebec

[20] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1853789/hospitalisation-diagnotic-coronavirus-admission-urgences-quebec

[21] https://www.publichealthontario.ca/-/media/documents/ncov/epi/covid-19-epi-confirmed-cases-following-vaccination-ltchrh.pdf?sc_lang=en

[22] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1852489/vaccin-rendez-vous-augmentation-restrictions-non-vaccines

[23] https://twitter.com/ianbeauregard1/status/1482447896192733186?s=21&fbclid=IwAR2w7H1NejbhnGWBIF-Am_1AvTsHVUa27oucdVCim0Zja2UYHwa8XB64YWs

[24] http://reinfocovid.ca/covid-19-epidemie-de-non-vacccines/

[25] C’est ce que va proposer Réinfo Covid Québec à partir du 24 janvier 2022 : https://reinfocovid.ca/tableau-de-bord-covid-19/

[26] https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/1045329/Vaccine_surveillance_report_week_1_2022.pdf

[27] https://www.journaldemontreal.com/2022/01/13/retour-en-classe-et-couvre-feu-annonces-importantes-de-francois-legault-a-15h?fbclid=IwAR1wPsgFWu4ZNM2DaYy-aoSup2Ev-Wu0uTo90OinaGQwvD8ArrmzOAarFCw

[28] https://covexit.com/entretien-dr-chetty-omicron/?fbclid=IwAR14DaruLGjuMTpXfSIbXUgoPVt61YsFxxwAOZFBCSWKkOpkarIXJXTmTVM#.YcXGbRX6Z04.facebook

[29] https://www.facebook.com/556354533/videos/334356898385400/

[30] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1855929/quebec-canada-deces-statistique-surmortalite-covid-coronavirus-pandemie?fbclid=IwAR2m53yMExOuEYDVMybRWirvbaggMIcqHaAfNdEmA6CpWjaNX5-AiOZw77M

[31] https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/3184-pertinence-rappel-vaccin-covid-19-adultes.pdf. Page 11.

[32] https://journalmetro.com/actualites/national/2753731/20-000-travailleurs-sante-absents-1000-lits-supplementaires-necessaires/

[33] Selon les chiffres officiels obtenus par les médias alors qu’ils ne sont pas disponibles pour les citoyens et que nous n’avons donc d’autre choix que de les croire sur parole, ce dont on peut légitimement douter comme on l’a vu.

[34] https://www.lapresse.ca/actualites/2021-04-27/la-vie-apres-le-vaccin.php

[35] Déclaration du ministre anglais de la santé : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1851320/angleterre-virus-omicron-sajid-javid